Église Saint-Éloi – L’éloge du métal au pays du bois – 3ème partie

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L’autel

Le presbytère fut également un élément important du programme, que l’architecte décida d’implanter sur la rue de Reuilly : « J’ai tenu à le mettre sur la rue pensant que le clergé dit être au plus près, on doit le trouver facilement, il convient qu’il ne soit pas coupé de la population mais mêlé à la vie de la Cité. […] Et je pense que le presbytère avec les bureaux doit faire le lien entre le lieu de culte et la population. »

Cette implantation avait également pour avantage d’éloigner la foule, lors des cérémonies très nombreuses à l’époque, de la rue de Reuilly et de sa circulation croissante. L’ancienne église accueillait en effet un grand nombre de convois funéraires en raison de sa proximité avec l’hôpital Saint-Antoine.

Pour la paroisse, la solution de l’architecte répond bien à ses objectifs :

« Mais en même temps, le prêtre est un homme séparé, à l’écart du monde. Ce paradoxe a été symbolisé par le contraste entre le premier étage, – une série uniforme de chambres pour des célibataires, rappelant les cellules des moines autour d’un couloir, marquées extérieurement par la répétition monotone sur la façade des fenêtre hautes et étroites -, et le rez-de-chaussée, par contre destiné à la vie commune et les contacts (réfectoire et bureaux), est par conséquent largement ouvert sur l’extérieur par des baies vitrées. »

Le presbytère et l’entrée à côté de l’accueil

Lors de sa construction, la nouvelle église rencontra nombre d’opinions négatives. Les paroissiens étaient désorientés, regrettaient de ne pas avoir une église en pierre et peinaient à se recueillir dans un lieu aux allures de « marché couvert », « d’usine », « de garage ou de cinéma » … entourés de métal… et du vide de ses grands espaces.

Dans Paris 12, Journal catholique d’arrondissement, la paroisse réagit aux quolibets :

« Que là où subsistent les vieilles pierres du passé on les conserve, c’est normal de marquer ainsi l’enracinement de l’Église dans l’histoire. Mais qu’ici où il fallait faire du neuf l’architecte ait refusé d’imiter l’ancienne pour faire une église du XX° siècle, avec les matériaux et les ouvriers de ce siècle on ne peut que l’en féliciter ; il a nous a bâti une église qui se veut présente au monde d’aujourd’hui. »

La nouvelle église et ses créateurs sont tombés dans l’oubli. Marc Leboucher demeure peu connu et les acteurs de la paroisse qui furent ses « complices », ne sont plus là pour le défendre. Leur histoire, comme celle de l’église, s’est effacée.

Tous, aménageur, architecte-urbaniste et maître d’oeuvre, responsables de la paroisse et futurs usagers, artisans d’art ont œuvré conjointement pour réaliser la nouvelle église Saint-Éloi dans un bel exemple de concertation. Tous, vivifiés par leur foi commune, ont apporté avec générosité leur intelligence, leur créativité, dans un souci partagé de simplicité et de proximité avec le quartier.

L’ entrée principale, place Maurice de Fontenay

Marc Leboucher : « L’architecte qui doit construire une église peut avoir, s’il est catholique, un certain avantage sur son confrère incroyant. Pour lui, ce n’est pas, me semble-t-il, une « affaire » comme les autres. Cela se situe dans une toute autre perspective, sur un plan totalement différent. Il peut y mettre tout son cœur, donner le meilleur de lui-même sans considération matérielle d’aucune sorte ».

En 1993, une brochure fut produite, De Dagobert à Saint-Éloi : 14 siècles d’histoire de Reuilly, 25ème anniversaire de l’église Saint-Éloi, permettant notamment de retrouver les propos de l’architecte et nombre des « plaidoiries » de la paroisse en faveur de son église, citées ici.

Depuis 2006, la Commission du Vieux-Paris entendait protéger l’église Saint-Éloi en raison-même de ce qui lui fut reproché : son humilité et son insertion dans l’îlot rénové.

En 2010, ce fut chose faite. L’église a été protégée par la Ville de Paris au titre du Plan local d’urbanisme (PLU).

En 2013, le ministère de la Culture lui attribua le label « Patrimoine XXe siècle », comme en témoigne la plaque située dans le sas de l’entrée principale.

L’église n’est pas coupée du monde ; elle participe de près ou de loin à la vie de tous, croyants ou non. Même récente, elle est un héritage patrimonial, humble et discret, qui raconte une histoire : la nôtre.

Paris, avril 2018, Pauline et Catherine Rossi

Avec nos remerciements à Anne D. pour sa relecture et ses conseils attentifs.

L’architecte qui doit construire une église peut avoir, s’il est catholique, un certain avantage sur son confrère incroyant. (…) Il peut y mettre tout son cœur, donner le meilleur de lui-même sans considération matérielle d’aucune sorte.

Marc Leboucher

Vous pouvez commander ce livret à l’accueil de l’église Saint-Éloi


Fiche technique 
Maître d’ouvrage aménageur : Groupement Foncier Français (GFF)
Propriétaire de la parcelle : Ville de Paris
Maître d’œuvre : Marc Leboucher (1909-2001)

Entreprises : 
Structure métallique : Éts. Salvanhac / Bardages : Dubigeon-Normandie

Archives : 
Archives de Paris / Chantiers du Cardinal / Paroisse Saint-Éloi / Paris 12

Sources : 
Thèse de Pauline Rossi, Université Paris-Sorbonne, Ecole doctorale VI, Centre André Chastel,
Sous la direction de M. Jean-Yves Andrieux, professeur, Université Paris-Sorbonne (Paris IV)
et M. Simon Texier, professeur Université de Picardie Jules Verne

Illustrations : 
Catherine ROSSI

Paroisse :
Église Saint-Éloi, 1—7 place Maurice de Fontenay, Paris 75012.
Tél. :  01 43 07 55 65. Fax 01 53 17 19 01
E-mail : steloi@steloi.com / Site internet : www.steloi.com

Plan d’accès : 
Métro Montgallet (L 8 Balard-Créteil) ou Reuilly-Diderot (L 1 La Défense-Château de Vincennes). Bus : Lignes 46 ou 57